sueurs nocturnes au clair de rail... 7
Comme un enfant pris sur le fait Rollover s’énerva. « mais enfin t’es pas ma mère ! » « et puis ne me dit pas que tu as eu plus peur que dans l’ascenseur … »
Entendant l’interphone se rallumer, Rollover se précipita dessus et poussa le bouton
« allo ? » dit-il d’une voix déterminée mais un peu tendue. « nous sommes coincés dans un ascenseur de la ligne 14. vous m’entendez ? répondez s’il-vous–plait ! » pendant ce temps, des ombres de plus en plus nombreuses passaient devant les lanternes de sécurité.
Le visage plaqué contre la vitre je les observais sans bouger. Elles ne semblaient pas nous avoir repérés dans notre cage de verre.
N’entendant pas de réponse à son appel Rollover commençait à s’énerver. Il tenta d’ouvrir la porte de la cabine pour au moins nous apporter un peu d’air et espérer nous faire sortir. L’espace d’un instant l’air moite du métro pénétra dans la cabine. Mais bientôt Rollover lâcha prise emprisonnant avec nous le peu de nouvel air difficilement récupéré.
Dans un dernier souffle quelques poussières entrèrent encore dans cet environnement confiné me chatouillant les narines. Il ne fallut que quelques secondes pour que notre incognito fut révélé par mon éternuement sonore.
Pendant quelques secondes de flottement, les yeux rivés sur les ombres en bas, je retins mon souffle comme pour atténuer le son précédemment produit. Mais un bruissement dans l’air me rappela à la réalité. Je tressaillis.
Les ombres approchaient, elles nous avaient entendu, elles nous sentaient maintenant…
Toujours muet je saisis le bras de Rollover, le pressant de retenter son appel. « aidez-nous nous ne sommes pas seuls ici » « s’il-vous-plait !! » martela-t-il !
« Ca grouille à l’étage du dessous. » dis-je « ca s’approche » et me saisis de l’extincteur. « argh ça monte le long du câble » « c’est quoi ? » on dirait des rongeurs…
et brusquement la lumière de l’ascenseur s’alluma, la cabine s’éleva, nous emportant avec elle dans sa lumière à l’abri des ombres d’en bas.
Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent sur le noir… en bas l’inquiétante clameur des ombres…
Rollover utilisa sa loupiote de porte-clef et s’enfonça résolument dans le noir…
Nous nous engageâmes sur le chemin tant de fois parcouru sans y faire attention, abêti par l’habitude et la routine de chaque trajet matinal.
Dans la lumière mouvante de la torche le lieu paraissait différent, prenant presque vie… naturellement nous nous étions mis à courir. Soudain Rollover me saisit le bras en me disant « attends »
Je sortis un timide « mais ? » « tu n’entends rien ? » répondit-il. Encore plus affolé que précédemment je dressais une oreille attentive et rapidement répondit. « non… » comme si c’était le moment d’écouter le vent… mais c’était vrai, à part nos respirations, le silence avait regagné son royaume souterrain.
Le temps de le réaliser et la lumière s’était allumée, nous laissant au milieu du couloir la torche à la main avec des airs de bête traquée…
Nous étions au milieu d’un couloir dont l’issue était bloquée par une grille. Puis La voix de la ligne 14 résonna dans les hauts-parleurs... "Le type au sac à dos noir tournez à droite pour sortir place du châtelet" Vous l'aviez deviné je suis le "type au sac à dos noir" Rollover qui m'accompagne n'a même pas de qualificatif ... l’air de rien Rollover range prestement sa loupiote. Inutile de comprendre l’alcool sans doute est la clef de cet étonnant moment vécu. D’un coup l’angoisse s’était estompée, nous étions revenus à la civilisation. Guidés par cette voix qui nous ouvrait une nouvelle issue nous rejoignions le métro normal là où la voix bienveillante n'a plus accès. Nous empruntâmes le quai de la ligne 4, perturbant sur leur terrain de jeu les rats gambadants. Seul être humain croisé à ce moment-là, un SDF coiffé d’un chapeau de cowboy cachant son visage, apparemment assoupi sur un siège. Mais à notre passage j’eus l’impression étrange qu’il souriait derrière son couvre-chef.
L’espace d’un instant je me maudis d’avoir vu trop de films basés sur l’œuvre de Stephen King. Et pourquoi pas des poubelles maudites prenant vie pour nous ôter la nôtre… pensais-je.
Nous tombâmes alors sur le grand couloir au trottoir roulant… quelques mètres étaient franchis avec le trottoir roulant que celui-ci s’arrêta. « ah non » cria Rollover comme si sa voix pouvait arrêter la suite des événements…
Un grondement de petits pas se fit entendre… et la lumière s’était éteinte…
« comme nous avons couru… » dis-je
« mais maintenant c’est fini nous sommes au bout de notre course » expliqua Rollover. Je crois avoir compris ce qui se trame ici…
(la suite au prochain épisode)