J'écoute : Caravan Palace, Amélie-les-crayons, the ting tings, Vampire weekend
Je regarde : les nuages passer dans le ciel
Je joue : à poursuivre des chimères
Je bois : de l'eau
Je cite : loin des yeux loin du coeur
Je pense : "Si tu es prêt à sacrifier un peu de liberté pour te sentir en sécurité, tu ne mérites ni l'une ni l'autre." Thomas Jefferson
(mis à jour mardi 28 octobre 2008 à 07:49)

08/08/2008

08/08/08 - 00:20

sueurs nocturnes au clair de rail... 9



la porte se referma violemment derrière Rollover nous laissant dans le noir total. Un désespoir profond s’insinua insidieusement en moi. Je me sentis alors seul et nu, comme abandonné. J’avais l’impression de m’affaisser au sol mais mes jambes me portaient toujours. Se refermer, s’isoler du monde, se protéger vite, ne pas se laisser emporter par cette sensation de pesanteur extrême. S’accrocher au rocher, attendre le passage des vagues violentes qui me brisent. Pourtant je suis, j’existe encore, je sens mes doigts qui touchent mes bras. Pourquoi cette déprime soudaine ? Pourquoi l’avenir semble s’altérer, ne plus exister ? Seul l’instant présent retient mon attention, un présent immuable, figé dans lequel je me minéralise. Je n’y arriverai pas, ce n’est pas possible, ne plus bouger, s’endormir d’un sommeil semblable à la mort, pour renaître ensuite ? Suis-je une plante qui se prépare à l’hiver ? Mais quelque chose heurta mon dos ce contact et freina ma lente descente dans l’accablement. Les doigts s’accrochèrent à mon dos comme pour en tirer de la force. Et une petite lumière vint nous éclairer, la petite loupiote vaillante de Rollover nous apportait un peu de réconfort… Nos yeux se nourrirent à son aura lumineuse et magique. Elle dissipa nos doutes, nos craintes. La brume de nos cerveaux fut remplacée par celle de la pièce où on n’y voyait goutte. Nous étions perdus dans un brouillard ténu. Nos yeux se posèrent sur le sol. Nous étions sur un chemin étroit, battu par des vaguelettes, se perdant en ligne droite dans le brouillard. On ne voyait plus la petite porte qui nous avait permis d’accéder à cette salle. Le brouillard s’illuminait par moments de couleurs passées. Nos lèvres restaient closes mais nos yeux nous permettaient de nous comprendre. Le bruit du vent qui soufflait portait parfois des cris qu’on aurait dit humains résonnant dans la salle aux dimensions qu’on imaginait gigantesque à l’écho répercuté sur les parois. La main de Rollover dans mon dos me pressa d’avancer sur le chemin. Nous entrâmes dans la brume. Celle-ci s’éleva après quelques pas. De la brume restèrent des formes brumeuses qui se mouvaient autour de nous au-dessus de l’eau. Seul le clapotis de l’eau contre le chemin nous rassérénait un peu. Au moins on savait ce que c’était.
Bientôt nous arrivâmes au centre de la pièce. Le plafond très haut était arrondi et à son centre un trou lumineux laissait s’échapper des brumes aux formes variées. Et au sol, au bout du chemin, à la verticale du trou dans le plafond, une torche éteinte semblable à une torche olympique. Les brumes passèrent bientôt sur le chemin, nous les traversions sans problème. Parfois la torche s’allumait l’espace d’un instant. D’autres fois, des portes semblaient s’ouvrir dans les parois et aspirer les brumes. Nous n’éprouvions plus vraiment de crainte malgré l’étrangeté du lieu. Il devenait clair que sur cette surface liquide calme s’échouaient les objets, les idées, et peut-être les souvenirs d’êtres humains pris dans la tourmente de l’oubli. Mais si c’était vrai, dans ces salles au coeur de l’oubli, dans la nuit noire, préservés du regard des hommes, ils attendaient un regain d’intérêt pour reprendre consistance, couleur et forme. C’est sans doute pour ça que le lieu était apaisant. Une sorte de momification des idées en attendant des jours meilleurs. L’idée de la momification me fit frissonner et Rollover perçut mon désarroi. Ces yeux disaient « avance jusqu’à la torche, là est notre salut ». Plus nous avancions, plus les brumes se trouvaient en travers de notre route, formant bientôt un barrage cotonneux moins aisé à pénétrer. Mais nous arrivâmes néanmoins au bout du chemin. Les yeux de Rollover brillaient d’une intense réflexion qui ne semblait pas aboutir. Les miens dirent « pour ne pas être oubliés nous ne devons pas non plus oublier les autres. Pour allumer la torche qui nous fera quitter le monde de l’oubli nous devons nous-même penser à quelqu’un. » Ma main toucha la torche et je me mis à penser très fort à quelqu’un. Rollover fit de même et la torche s’alluma, nous entraînant dans un tourbillon de chaleur vers l’ouverture dans le plafond.

Nous nous retrouvâmes, combien de temps après je ne sais, assis sur des sièges du métro. « Messieurs, réveillez-vous ! le métro ferme ses portes. » A la main nous tenions des bouteilles de vin et une forte odeur d’alcool nous agressait les narines. Nous nous levâmes quand nous vîmes le SDF sur le quai d’en face nous saluer en souriant. Nous voulûmes le montrer à l’agent qui bien sûr ne le vit pas. Il nous reconduisit jusqu’à la sortie, sains et saufs. Nous devions maintenant prendre les bus de nuit mais c’est une autre histoire.

commentaires

11/08/08 - 18:26

ma réputation d'alcolo est donc faite à toute jamais !!
nooonn

13/08/08 - 00:40

cette histoire est une fiction toute relation avec un personnage réel est à exclure surtout s'il s'agit d'alcool ;-) en fait le reste est vrai ;-) vous avez vu je vous fais une bonne réputation! ;-)

13/08/08 - 00:44

merci en tous cas d'avoir accepté la parution d'une histoire dont vous êtes le héros sans savoir ce qui arriverait à votre personnage ;-)

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